Directeur d’études à l’EHESS, Adjunct Professor à l’université de l’Indiana (Bloomington, USA).

Membre du groupe LIAS (Linguistique anthropologique et sociolinguistique)


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Né en 1956, Emmanuel Désveaux est directeur d’études à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS) depuis 2003, Adjunct Professor à l’Université de l’Indiana (Bloomington) . Il a passé deux ans à Berlin comme titulaire de la chaire Marc-Bloch (Humboldt Universität, 2007-2008), puis comme visiting professor dans le programme langauges of Emotions (Freie Universität, 2008-2009). Il fondee le LIAS avec Michel de Fornel à son retour de Berlin.


Après des études d’histoire, de géographie et de philosophie à l’université de Vincennes (où il a pour maîtres Y. Lacoste, F. Châtelet, G. Deleuze ou encore J.-F. Lyotard), lesquelles lui ouvrent la possibilité d’avoir une première expérience de terrain en Afrique dans le cadre d'une maîtrise, il se tourne vers l’anthropologie au niveau du doctorat en s’inscrivant à l’EHESS sous la direction de M. Godelier. C. Lévi-Strauss l’encourage alors dans son intention de s’intéresser aux Indiens d'Amérique du Nord. Entre 1979 et 1983, il effectue une série de longs séjours dans le Grand Nord canadien chez les Ojibwa septentrionaux, à Big Trout Lake précisément et dans les communauté avoisinantes dans le Nord-Ouest de l'Ontario. Prenant le contre-pied des stratégiques explicatives de l'anthropologie dominante à l'époque dans l'interprétation de telles sociétés de chasseurs-collecteurs, à savoir un  déterminisme tantôt écologique, tantôt historique, il a recours d'emblée à leur mythologique afin d'accéder au cœur de l'altérité culturelle à laquelle son ethnographie le confronte. Il s'appuie pour ce faire sur les méthodes développées par C. Lévi-Strauss dans Les Mythologiques et sur les résultat qui y sont accumulés (cf. Sous le signe de l'ours, mythes et temporalité chez les Ojibwa septentrionaux, 1988).
E. D. poursuit sa réflexion en élargissant la perspective à un projet comparatiste à l’échelle de l’Amérique du Nord. Il s’agit de démontrer que la logique trans-formationnelle panaméricaine mise en relief par Lévi-Strauss vaut non seulement pour les mythes, mais aussi pour les rites, pour les objets et pour les organisations sociales. Si cela l'a conduit à s'inté-resser particulièrement aux attendus épistémologiques du structuralisme lévi-straussien (en particulier aux quadrants, groupe de Klein et formule canonique des mythique), cela l'a conduit également à se pencher sur la parenté et à entreprendre une critique radicale des fondements de ce que ce qu'on appeler la "raison parentaire". Son livre Quadratura americana, Essai d’anthropologie lévi-straussienne publié en 2001 rend compte de cette réflexion. Il s’attache à l’heure actuelle à poursuivre la démonstration aussi bien au domaine des langues, tendant ainsi à renouveler la question des classifications linguistiques, qu’à celui de l’art en mettant au jour des continuités formelles entre différents styles tenus jusqu’à maintenant pour radicalement distincts (par ex. la Côte nord-ouest et les Plaines, ou encore les Pueblos et le grand Sud-Est). Il s’attache en outre, en collaboration avec Michel de Fornel, à mener la démonstration en parallèle dans le domaine des langues, tendant ainsi à renouveler la question des classifications linguistiques en Amérique. Tous ces travaux tentent de jeter les bases d’un méga-culturalisme qui renouerait sous certianes conditions avec la tradition anthropologique allemande, perspective critique développée dans son dernier livre : Spectres de l’anthropologie, suite nord-américaine (2007).  
E.D. a contribué également, seul ou en collaboration, à la réflexion européaniste, s'inspirant dans certains cas d'expériences ethnographiques ponctuelles (sur les ouvriers d'une usine d'eau minérale) ou sur la tauromachie. Il s'est ainsi intéressé à la notion d'avatar, comme à celle de sacrifice, aux modalités de la dévolution patrimoniale (opposant un système fermé d'esprit paysan à un système ouvert d'esprit ouvrier), ou du mariage envisagé avant tout comme le déplacement de la femme de la maison paternelle vers celle du mari.
E.D. a été directeur scientifique au musée du Quai Branly durant la phase de conception et de construction de l’établissement (2001-2006). Il est l’auteur d’une partie de la muséographie américaine et a dirigé la réalisation des outils didactiques multimédias situés au cœur de celle-ci (Regarder l’autre autrement et D’une langue à l’autre). Cette expérience l’a en particulier confronté à la difficile question du catalogue de musée, avec ses entrées définies, notamment en matière d’ethnonymie, mais aussi en matière de catégories descriptives, ce qui l’a conduit à s’interroger sur la performance des dispositifs actuellement en place et sur la possibilité d’en mettre d’autres place de nouveau, encore à inventer, de pertinence supérieure. Sa familiarisation avec le monde des musées d’ethnographie non-européenne et de la problématique actuelle de leur rénovation ont nourri enfin ces dernières années sa réflexion sur ces thèmes et, plus globalement, sur celui du devenir de sa discipline dans un monde globalisé.


E.D. a été commissaire de l’exposition Kodiak, Alaska, les masques de la collection Alphonse Pinart (Paris, 2002).


 Principales publications

  • 1988   Sous le signe de l'ours. Mythes et temporalité chez les Ojibwa septentrionaux, Paris, Editions de la Maison des sciences de l'homme, 320 pages.
  • 2001   Quadratura Americana, Essai d'anthropologie lévi-straussienne, Genève, Georg, 648 pages.
  • 2002   « Le musée du quai Branly rejette Darwin », Le Monde, mardi 19 mars, p. 31, (entretien avec Emmanuel de Roux).
  • 2002   Kodiak, Alaska, les masques de la collection Alphonse Pinart, Paris, Musée du quai Branly et Adam Biro, catalogue de l'exposition sous la direction de, 256 pages.
  • 2006   « De l’ojibwa au dakota : pour une analyse transformationnelle des langues amérindiennes», Journal de la Société des Américanistes, t. 92-1 et 2, 2006, pp. 165-201 (en coll. avec Michel de Fornel).
  • 2007   Spectres de l’anthropologie, suite nord-américaine, Paris, Aux-lieux-d’être, 336 pages.
  • 2008   Au-delà du structuralisme, six méditations sur Lévi-Strauss, Paris, Editions complexes, 160 pages.

 Liste complète des publications & travaux