La sociolinguistique des grammaires de construction
Cette thématique vise à intégrer l’hétérogénéité grammaticale (y compris dans les usages passifs de la langue) au cœur du dispositif linguistique et à reconnaître, en particulier au travers de la variation stylistique, la présence de la langue de l’autre au cœur de la langue de soi.
Depuis quelques années, se pose la question du dépassement des approches classiques en termes de co-variation et de la prise en compte de la variation grammaticale, dans un contexte social et politique où se met en place une «langue commune d’auditeur», fondée sur la généralisation de l’écoute régulière d’un type précis de langue (légitime ou légitimée) et sur l’intériorisation passive de ses paramètres grammaticaux propres. Elle s’appuie sur une enquête sociolinguistique (VARILING, Traitement des variations linguistiques dans les corpus, financement ANR) réalisée en 2008-2010.
L’objectif d’une telle enquête (dont les résultats seront comparés avec ceux de la précédente enquête réalisée dans la même zone urbaine en 1981) est de mieux comprendre les processus d’évolution des constructions grammaticales et, par là même, certains aspects du fonctionnement du langage comme les conditions d’émergence de patterns socio-pragmatiques. Les variables étudiées concernent des aspects interactionnels et conversationnels des actions langagières des locuteurs étudiés.
On essaiera, entre autres, de repérer si certains phénomènes conversationnels comme l’auto-correction ou les pré-séquences peuvent être liés à la variation sociale, de comprendre le sens social des écarts entre les styles formels et familiers des locuteurs. Parmi les nouvelles modalités d’enquête, mentionnons le suivi de l’ensemble des membres d’une famille dans leurs interactions ordinaires, l’intégration dans les activités d’une association et d’une école, qui présentent le double avantage de faire émerger de nouvelles variables de type conversationnel et de croiser systématiquement pratiques langagières et types d’interactions. Une enquête centrée sur les situations et les réseaux dans lesquels sont impliqués les locuteurs permet de promouvoir de nouveaux objectifs sociolinguistiques, en particulier de passer du phonologique au conversationnel.