« Austin et la question de la vérité : propositions, signification et contexte»
EHESS, 16 juin 2010
Dans le cadre du cycle de conférences données par Marina Sbisà à l'EHESS, organisé conjointement par le CURAPP (UMR 6054) et le LIAS (UMR 8178), le mercredi 16 juin prochain aura lieu une journée internationale d'études soutenue par le CNRS (PICS Université de Picardie-CURAPP / Université de Chicago).
Programme :
Mercredi 16 juin 2010 (11h-19h30) EHESS, salle 2, 105 bd Raspail 75006 Paris
11h00 - 13H00
M. Sbisà (U. Trieste / CURAPP): « Austin, Propositions and Truth »
Pause déjeuner
14H30 - 15H30
Ch. Travis (King's College): “Austin on Truth”
15H30 - 16H15 :
B. Ambroise (CNRS - CURAPP) & Ch. Alsaleh (UPJV - CURAPP): « Vérité, contexte et conventions chez Austin »
Pause
16H30 - 17H15 S. Bronzo (U. Chicago): “The Speech-act and Its Components: Two Readings of Austin's Analysis”
17H15 - 17H45 S. Laugier (UPJV - CURAPP): “Austin and Wittgenstein on Harmony »
17H45- 18H30 : M. de Fornel (EHESS - LIAS) & Jocelyn Benoist (Paris 1 & U. Chicago): « Réflexions conclusives »
En vous remerciant d'avance de l'intérêt porté à cette journée.
Bruno Ambroise (CNRS - CURAPP) <bruno.ambroise@u-picardie.fr>
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Journée d'étude du 12 mars 2010
Durkheim et Lévi-Strauss. Le goût de la césure ou le prix de la filiation ?
Salle 215, MSH, 2e étage, 9h00 -18h30
54 boulevard Raspail 75006 Paris
Argumentaire de la journée
Ce qui frappe lorsqu’on lit Claude Lévi-Strauss sur Durkheim, c’est, en général, la sévérité du ton. On perçoit à travers toute l’œuvre du refondateur de l’anthropologie française une sorte de dédain global envers celle de du sociologue. Ce rejet fait problème, ne serait-ce que d’une point de logique en quelque sorte dans la mesure où la filiation entre Durkheim et Mauss, d’un côté, et celle entre Mauss et Lévi-Strauss, de l’autre côté, apparaissent toutes les deux comme plutôt sereines et empreintes de respect. Par ailleurs, une sorte de sens commun des sciences sociales contemporaines assimile désormais volontiers Durkheim et Lévi-Strauss, tels les deux dieux tutélaires d’un humanisme sociocentré puissamment imprégné de morale kantienne, marque de fabrique, si l’on peut dire, de la pensée française du dernier tiers du XIXe et de tout le XXe siècle. Autrement dit, ce commun sens, surinterprétant alors la figure de Mauss, minimisant la différence entre sociologie et anthropologie et se méprenant peut-être sur le sens de l’apport jakobsonien, réconcilie deux pensées dont l’une, du moins à la lecture des textes, se veut très éloignée de l’autre. Nul doute qu’il y ait là une situation assez paradoxale et digne d’examen.
C’est cette situation que nous aimerions débrouiller au cours de cette journée du 12 mars. Nous la concevons tel un atelier-séminaire largement ouvert aux étudiants. Elle comportera un nombre d'intervenants relativement restreint (8) mais qui représentent diverses branches de nos disciplines (sociologie, philosophie, linguistique, anthropologie) ainsi que diverses classes d'âge. Les angles d’approche seront multiples, des détails biographiques aux grandes pesanteurs de l’épistémologie ou aux derniers acquis de l’exégèse. Les interventions dureront environ 40 minutes afin de laisser une large part à la discussion informelle. On peut ainsi imaginer dans la foulée de cette journée une publication qui reprenne non seulement les interventions mais également les débats subséquents.
Programme
9h00- 9h20 Introduction Emmanuel Désveaux & Michel de Fornel (LIAS/IMM)
9h20- 10h00 Tanja Bogusz (Assistant Prof. Humboldt Universität zu Berlin) « L'expérience en tant que catégorie sociale chez Durkheim et Lévi-Strauss»
10h00-10h40 Salmon Gildas (ATER Université de Besançon) « La logique des classifications totémiques : forme sociale de la pensée ou structure symbolique du monde ? »
************ Pause (15 mn) *********
10h55-11h35 Michel de Fornel (Dir. d’études EHESS, LIAS/IMM) « Théorie sociale du symbolique ou théorie symbolique de la société ? »
11h35-12h15 Bruno Karsenti (Dir. d’études EHESS, IMM) « Le totémisme revisité »
12h15-13h00 Questions et Débat
13h00-14h00 ********* Pause déjeuner (libre) ********
14h00/14h15 Reprise
14h15-14h55 Camille Tarot (Prof. de sociologie Université de Caen, CERReV) « Lévi-Strauss et Durkheim : pertes et profits sociologiques d'une rupture fondatrice »
14h55-15h35 Laurent Berger (Chargé de la recherche au musée du quai Branly, LAS) « Durkheim et Lévi-Strauss, ou le fait religieux à l’interface des sciences sociales et cognitives »
************ Pause (15 mn) *********
15h35-16h15 Philippe Lacour (Attaché de recherche Université Libre de Bruxelles) «Objet et méthode d’une science sociale. Gilles-Gaston Granger entre Durkheim et Lévi-Strauss »
16h15-16h55 Emmanuel Désveaux (Dir. d’études EHESS, LIAS) « Durkheim et de quelques autres fantômes lévi-straussiens »
17h00-18h00 Questions et Débat
Journée d’étude organisée par Emmanuel Désveaux & Michel de Fornel dans le cadre du LIAS, IMM (CNRS/EHESS, UMR 8178)
Contacts : Irina Olariu et Mickaël Lantin Mallet (LIAS (EHESS)), bureau 234, 54, boulevard Raspail 75006 Paris tel : 01 49 54 20 71 mail : mlantin@ehess.fr et olariu.irina@ehess.fr
Télécharger le programme de la journée
Résumé des interventions
(par ordre chronologique de passage)
Tanja Bogusz (Assistant Prof. Humboldt Universität zu Berlin)
"L'expérience en tant que catégorie sociale chez Durkheim et Lévi-Strauss »
L'expérience constitue une catégorie centrale dans la théorie de la connaissance de Durkheim, chose qu'il a rendu particulièrement explicite dans sa critique de la philosophie du pragmatisme américain. Son importance réside au cœur d’un projet sociologique qui consistait à surmonter aussi bien le kantisme que l'empirisme. Or, dans sa critique de Durkheim, Lévi-Strauss a tendance à négliger son affiliation à ce point de doctrine qui est pourtant très présent dans le chapitre de La pensée sauvage qui s’intitule "La science du concret". Magique ou scientifique, d'après Lévi-Strauss, c'est l'expérience qui forme la base de la connaissance. Dans une perspective de comparaison entre sociologie et ethnologie, et en s’appuyant sur le documentaire de quelques textes, nous allons tenter d’esquisser la position commune, ou du moins assez voisine, de nos deux auteurs par rapport à cette catégorie.
Salmon Gildas (ATER Université de Besançon)
« La logique des classifications totémiques : forme sociale de la pensée ou structure symbolique du monde ? »
En revenant sur le problème des classifications totémiques, il s'agira de montrer que la rupture que Lévi-Strauss opère par rapport à Durkheim ne passe pas seulement par le refus du primat du social sur l'intellect. A travers le concept de structure, c'est l'héritage kantien de Durkheim que Lévi-Strauss remet en question : le problème de la mise en ordre du monde n'est pas celui de la subsomption d'un contenu amorphe sous une forme catégorielle, mais celui de l'articulation de niveaux intrinsèquement structurés.
Michel de Fornel (Dir. d’études EHESS, LIAS/IMM)
« Théorie sociale du symbolique ou théorie symbolique de la société ? »
Claude Lévi-Strauss a clairement formulé ce qui l’oppose à Durkheim et Mauss : ces derniers ont cherché à formuler une théorie sociologique du symbolique, alors qu’il faut tout au contraire « chercher une origine symbolique de la société ». Les débats récents sur les Formes élémentaires de la vie religieuse ont fait mieux comprendre l’entreprise socio-empirique de Durkheim, et sa profonde originalité. Pour autant, les objections de Lévi-Strauss ont-elles perdu de leur pertinence? L’alternative qu’il propose est-elle viable ? On montrera que la réponse à ces deux questions n’est pas dissociable d’un examen approfondi des théories du langage et du signe mises en œuvre par l’une et l’autre conception.
Bruno Karsenti (Dir. d’études EHESS, IMM)
« Le totémisme revisité »
A partir d'une nouvelle lecture des Formes élémentaires, il est possible de mettre en perspective les thèses de Lévi-Strauss dans le Totémisme aujourd'hui, à la fois en réévaluant sa portée critique de "l'illusion totémique" dont Durkheim serait resté prisonnier, et en confrontant durkheimisme et structuralisme au plan de l'analyse des "choses sociales" dont le totem a représenté l'expression canonique.
Camille Tarot (Prof. de sociologie Université de Caen, CERReV)
« Lévi-Strauss et Durkheim : pertes et profits sociologiques d'une rupture fondatrice »
A la suite des critiques de Vincent Descombes et du travail de François Héran, on comprend mieux la complexité et la précision de la stratégie de Lévi-Strauss dans la gestion de l'héritage de l'école sociologique française en général et de son fondateur, Émile Durkheim, en particulier. La fécondité prodigieuse de cette rupture dans tout le champ des sciences humaines, puisqu'on lui doit la branche la plus vaste du structuralisme français, ne doit pas dissuader d'en mesurer les conséquences plus problématiques pour la sociologie, lesquelles sont particulièrement sensibles dans le champ du religieux en général et du sacré en particulier, qui restent au cœur de la différence et du différend toujours d'actualité des deux maîtres.
Laurent Berger (Chargé de la recherche au musée du quai Branly, LAS )
« Durkheim et Lévi-Strauss, ou le fait religieux à l’interface des sciences sociales et cognitives »
Il est important de revisiter la façon dont Durkheim et Lévi-Strauss s'interrogent sur les rapports qu'entretiennent les systèmes de représentations et de sentiments collectifs tels que le mythe, avec les systèmes pratiques de performances sensori-motrices et verbales tels que le rite. L_un et l_autre caractérisent en effet l_efficacité rituelle par l'émergence d_états de conscience induits par la redondance homologue, condensée ou inversée des interactions et actions entreprises en dehors et au sein même du dispositif cultuel. Aussi, le débat sur la nature sociologique ou psychologique des systèmes d_inférences mobilisés a priori doit s'effacer au profit d_une réflexion sur le statut et la nature du raisonnement analogique utilisé implicitement ou explicitement dans leurs abords respectifs du fait religieux. Pour cela, est proposée une nouvelle lecture de la Formule Canonique inspirée de certaines théories récentes en sciences cognitives. L'idée est de montrer que la Formule Canonique est l'expression modélisée d_un raisonnement analogique mis en acte lors de certains rituels, et que ce raisonnement est paramétré en fonction de facteurs économiques et politiques liés aux rapports de production et de pouvoir institués à une époque donnée parmi des groupes humains. Cette proposition est illustrée à partir de l_analyse d'un rite de circoncision malgache.
Philippe Lacour (Attaché de recherche, Marie Curie Fellow, Université Libre de Bruxelles, Centre Marc Bloch Berlin – UFR 3130)
« Objet et méthode d’une science sociale. Gilles-Gaston Granger entre Durkheim et Lévi-Strauss »
Bien rares sont les auteurs contemporains qui peuvent se dire aujourd’hui « positivistes », et encore plus ceux qui se réclament à la fois de Durkheim et de Lévi-Strauss. Gilles-Gaston Granger en fait partie, dont l’œuvre souligne en effet une continuité paradoxale (objectiviste) entre celle de ces deux penseurs. L’épistémologie comparée permet de mettre en perspective les hésitations méthodologiques et épistémologiques de Durkheim, ainsi que l’orientation axiologique de sa sociologie, avec les approximations, voire les paralogismes de la réflexion anthropologique de Lévi-Strauss. Une réflexion critique sur les continuités et les ruptures entre la pensée de ces deux auteurs met sur la voie d’une élucidation du double sens de la comparaison en sciences sociales : abductif (intégration théorique progressive) et casuistique (cumulativité herméneutique).
Emmanuel Désveaux (Dir. d’études EHESS, LIAS)
« Durkheim et de quelques autres fantômes lévi-straussiens »
Lévi-Strauss entretient un rapport paradoxal avec ses prédécesseurs, se faisant volontiers l’éloge de ceux auxquels il doit le moins, du moins en apparence, tel Boas, fustigeant volontiers sur des points dérivés ceux auxquels il doit beaucoup pour l’essentiel, — on pense ici évidemment à Durkheim —, mais également omettant, ou ne citant que du bout des lèvres ceux auxquels il doit le plus, Hertz ou Conklin. Comment expliquer ce jeu de cache-cache sinon par son désir d’être toujours en mouvement, de ne pas se laisser piéger par un carcan de références, de ne pas faire école non plus ?
Journée organisée par Emmanuel Désveaux et Michel de Fornel, LIAS/Institut Marcel-Mauss
Le 12 mars 2010, EHESS/Maison des Sciences de l’Homme, 54, bd Raspail, salle 215 de 9h à 18h.